EDITORIAL

Errances diagnostiques

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Beaucoup de personne qui souffrent du dos vont consulter leur médecin généraliste. On peut penser qu’il s’agit d’un réflexe naturel quand les douleurs deviennent préoccupantes voire insupportables. Mais dans cette situation, cela revient à consulter un médecin généraliste quand on a une rage de dents au lieu d’aller consulter un dentiste. En France, particulièrement, cette démarche pour le dos est très courante. Par contre dans les pays anglo-saxons, scandinaves ou germaniques, on a plutôt tendance à penser logiquement « chiropraticien » quand on a mal au dos.

Que pourrait dire un généraliste qui n’a pas été formé pour diagnostiquer un mal de dos ni le comprendre ? Il peut seulement écarter une autre pathologie organique qui pourrait s’apparenter au mal de dos, comme par exemple des coliques néphrétiques ; ce qui est effectivement de son ressort. Le chiropraticien peut cependant faire de même puisqu’il a été formé à détecter les pathologies qui ne seraient pas de son domaine technique afin de diriger le patient vers un médecin généraliste ou même un spécialiste. Question d’assistance à personne souffrante. Les chiropraticiens sont également diplômés en radiologie ce qui leur permet de demander des clichés et savoir les lire. C’est ce qui se passe dans les pays socialement avancés cités plus haut où une coopération entre professionnels de santé existe belle et bien dans l’intérêt primordial de la santé du patient. Mais en France, on en est encore à espérer soigner le mal de dos avec des médicaments anti-inflammatoires et analgésiques en croyant résoudre le problème alors qu’en fait, comme le savent des milliers de personnes, cela ne résout rien et masque seulement la douleur. Pendant ce temps, le problème de dos s’enracine, car mal diagnostiqué, et fait tâche d’huile pour finalement s’aggraver. Le médecin généraliste aura-t-il soigné dans l’intérêt du patient ? Non ; il aura seulement déplacé le problème et créé d’autres troubles à cause des effets secondaires des médicaments… un comble.

En fait, un médecin généraliste n’est pas du tout formé à identifier un problème fonctionnel vertébral, ni le quantifier ou le préciser car il ne sait pas comment les os fonctionnent entre eux ni se synchronisent avec le système nerveux. Cela n’empêche pas certains médecins de donner, lors d’émissions médiatiques, des conseils plutôt inconséquents sur le sujet. Imaginez qu’ils le fassent pour des troubles dentaires ! Ce n’est pas du tout le domaine technique du médecin. Il n’a donc aucune méthode ni outil pour savoir ce qu’il se passe, par quel processus et pourquoi le patient souffre. Il soulage un peu son patient avec un mal de dos mais lui indique rarement d’aller consulter un chiropraticien, ce qui n’est pas très aidant. Ce qui est problématique c’est qu’à ce compte là, les patients perdent beaucoup de temps tandis que leur cas devient plus complexe, plus lourd. Certains penseront au kinésithérapeute qui n’est formé que pour les rééducations et qui, même s’il a fait quelques stages d’ostéopathie, ne peut que soulager provisoirement. Certes, c’est toujours mieux que d’espérer en la seule guérison illusoire par les anti-inflammatoires et analgésiques mais cela comporte des risques comme celui de créer une chronicité, au pire d’autres problèmes. En fait le mal de dos a des causes souvent assez complexes et sans méthode spécifique ni compréhension de la neuromécanique, on ne peut que soigner au « pifomètre » et « bricoler ». L’appareil locomoteur est plus sophistiqué que certains l’imaginent. C’est la raison pour laquelle a été créé la profession de chiropraticien pour ce type de troubles fonctionnels, tout comme a été créé la profession de chirurgien-dentiste pour les troubles de la fonction bucco-dentaire.

La population française a encore beaucoup de progrès à faire pour comprendre que l’expert reconnu internationalement pour soigner le mal de dos est le chiropraticien constituant la 3ème profession de santé du monde (la 2ème en Amérique du Nord). Le mal de dos n’est pas simplement une histoire de « vertèbre déplacée » mais trouve souvent ses racines dans de nombreux microtraumatismes ou traumas accumulés et compensés. Ceux-ci saturent les systèmes autorégulateurs, causent de nombreuses tensions d’adaptation, parfois très complexes, qui distordent le squelette (d’où les « dos tordus » et « bassins décalés ») pour préserver un peu de capacité à se déplacer. Pour autant, ces adaptations coûtent énormément d’énergie à l’organisme qui fatigue vite en plus des douleurs, sans parler des névralgies handicapantes. Il est naturel, dans les pays cités plus haut, de consulter un chiropraticien deux fois par an (recommandés par les assurances et mutuelles santé) afin de se faire soigner avant de souffrir. C’est là l’intelligence même du principe de prévention : une évolution nécessaire de nos jours que chacun doit mentalement intégrer.

Pascal Labouret, D.C.  (03/06/2019)